La
p'tite étudiante lyonnaise
Au
printemps 2001, Olivia T. qui se nomme d'emblée "la p'tite
étudiante
lyonnaise" me propose par e-mail de répondre
à des
questions à
propos de Marguerite Duras, notamment sur «La
Fiction d'Emmedée». En
fait elle rédige un
mémoire de fin de cursus sur
les héritiers de Duras. Certainement un bon sujet,
même si je ne me sentais guère
héritier. Par
deux fois ensuite, elle m'a demandé
des précisions qui m'ont permis en effet de
préciser... 21/03/01
15:15 Bonjour
Olivia T. Voici les réponses: 1) C’est
un drôle de nom
"Emmedée" pour désigner MD ... Pourquoi ce
choix ? Ce nom m’est
arrivé comme
une traduction euphonique des initiales MD. Emmedée peut se
prononcer MD. Quand on prononce les lettres MD, cela peut
s’écrire
Emmedée. C’est d’avoir trouvé
ce prénom qui
m’a déclenché le livre. C’était
avant sa mort, je n’avais plus de nouvelles d’elle
depuis des
mois, je n’imaginais pas sa mort à
brève échéance. Je
trouvais ce prénom à l’image de
prénoms un peu
littéraires du début du XXe siècle.
Et puis je ne pouvais pas
l’appeler Marguerite ou Duras, pas par son nom pour
écrire
un livre de fiction. De plus je ne voulais pas
l’impliquer en la
nommant directement. Ce
prénom Emmedée annonçait la fiction. 2) Ce
titre «La Fiction d’Emmedée»
me fait penser à une héroïne comme
"Médée"... MD,
son destin, ses oeuvres, ont-ils une dimension aussi
tragique?
Non
pas
aussi tragique, ce n’est pas du tragique classique, mais il y
a une
dimension tragique. Elle s’exprime à travers la
«folie»
de sa mère, dans le «Barrage»… A
travers la douleur de la
séparation avec le monde… à travers le
mal
d’intelligence…
l’individualité de l’écrit et
sa solitude. 3) Est-ce que de penser à
"Médée" est une imagination infondée
de ma part ou y aviez-vous songer ? Non,
je
n’y avais pas songé. Ce
n’est pas infondé de le penser, parce que MD
portait de la
lucidité (capacité et volonté de) et
en même
temps revendiquait un droit à être et à
agir
par-delà toute lucidité.
4) Vous écrivez
p. 11 («La Fiction
d’Emmedée») que le «Barrage» est un texte
fondateur pour vous... Mais fondateur en quoi ? De quelle
façon
? Du point de vue de l’écriture, des
thèmes ? Selon
moi «Un Barrage contre
le pacifique" est fondateur pour MD, c’est à
partir de ce
roman que toute sa fiction va s’établir. La
mère,
l’énergie de la mère, le conflit
familial, le décor
colonial, la ségrégation de classe et de race,
l’impossibilité de vivre sauf à
écrire. Ensuite
cette fondation se propage dans tous ses livres
jusqu’à «L’Amant» qui reprend le
tout. 5) La dédicace "à Marguerite
Duras"
est-elle bien à comprendre comme un hommage ? Lorsque
MD est morte, j’avais fini le livre, mais ne
l’avais pas encore
donné à un éditeur. Je
n’ai
jamais dédicacé un livre ou un texte à
quelqu’un
de vivant. Ce me
semblait naturel et facile de le faire, comme si je l’avais
saluée,
embrassée. Si elle
avait été vivante à la sortie du
livre, je lui
aurais seulement dédicacé l’exemplaire
pour elle:
Pour vous, Marguerite, ce livre… 6) Il
me semble qu’elle sonne un
peu comme une épitaphe... «La
Fiction d’Emmedée»
n’est-elle pas une mise à mort de
l’auteur ("source")
? C’est un hommage dans le sens où vous utilisez
la pratique
de MD (faire d’elle un personnage de fiction) mais
n’est-ce pas
un moyen de la mettre à mort (en devenant
elle-même
justement un personnage de fiction) ? Je sais bien : ce n’est
pas
très clair... Il
y a
surtout beaucoup de questions. Je
n’aurais sûrement pas voulu écrire un
livre post
mortem. Une
mise à mort lucide ou volontaire ? non. Un chemin
pour
lui parler, au début le narrateur dit qu’il ne
faisait
qu’écouter, ensuite qu’il voulait lui
parler, puis lui
écrire... jusqu’à lui dire que
le monde
ne faisait que commencer. Elle
n’avait jamais été un personnage dans
un roman, je la
voyais souvent comme telle dans nos rencontres.
C’était
presque justice de rendre compte d’une
réalité,
c’était presque obligé pour
moi de mettre en
scène sa fiction.
6 bis)
Est-ce au contraire une façon
de lui donner une seconde naissance et de lui assurer une seconde vie
? Une façon
de lui rendre justice peut-être, elle était
très
attaquée depuis «L’Amant». Une
lettre
à elle, j’ai été
peiné et triste de sa
mort. Peiné qu’elle meurt, si triste
qu’elle ne puisse pas
par lire «La Fiction
d’Emmedée». Et même
je crois bien qu’elle n’ait pas su que
j’écrivais ce
livre. 7)
Cette oeuvre n’est-elle pas
l’occasion de vous libérer de l’emprise
de MD ? Comme une
tentative d’exorcisme ? Non, ce
dernier mot n’est pas de mon univers. Pas non
plus de me libérer de son emprise, je ne m’y
sentais pas. C’est
pour moi un roman, un vrai, que je revendique comme auteur, en tant
que parmi mes autres romans, écrits ou à
écrire.
J’ai souvent pensé à Diderot pour la
démarche,
le neveu de Rameau était vraiment le neveu de… et
Diderot le
rencontrait, parlait avec lui etc. Une
occasion de m’émanciper plus que de me
libérer.
8)
La figure littéraire de MD
ne vous-a-t-elle pas empêché, freiné
dans votre
écriture ? Je ne le
crois pas. Elle pouvait agir comme un sur-moi. M’imposer une
plus
grand rigueur etc. Elle m’aurait plutôt
poussé à
écrire. 9)
Avez-vous déjà
ressenti ce que j’appellerai "la peur de
l’influence"
? Une certaine crainte de faire du "Sur-Duras" ou plutôt
du "Sous-Duras" ? Je lui en
avais parlé, que quiconque l’approchant pouvait
redouter
cela et même risquer cela. Que je devais parfois ne plus la
lire pour écrire. Quelques
détracteurs de «Rauque
la ville»
lâchait que c’était
du Duras. J’avais écrit ce roman avant de la
connaître
donc je trouvais cela inexact et assez détestable. Duras
ayant
écrit une
préface, des
gens rangeaient illico le livre
dans l’étagère Duras. Dans
«Les
Yeux verts», le texte intitulé «Pour
Jean Pierre
Ceton» est une sorte de parodie de
l’écriture de RLV.
MD s’est amusée à écrire un
peu à la
manière de mon écriture, en jouant de
thèmes du
livre retenues par elle. D’une manière
d’ailleurs plus
intérieure que dans la préface. Pour
l’écriture, je ne reconnais pas mon
écriture… (On trouve
le texte en anglais sur internet (FOR
JEAN-PIERRE CETON, GREEN EYES),
je vais bientôt mettre la version française sur
mon
site préface,). Il
m’est arrivé de "voir" dans certains de mes
textes de l’époque, dans la 1ère
version
de «Pathétique sun», des passages qui faisaient penser à
l’écriture de MD. Cela
m’était désagréable
et j’ai chaque fois corrigé. On ne
m’aurait pas accolé
l’étiquette de "sous-Duras",
elle était déjà donnée
à
différentes personnes qui écrivaient
effectivement du
sous-Duras. J’en
étais sûr car ceux-là
n’avaient pas l’estime
de MD alors qu’elle n’hésitait pas
à me la
confirmer. Si je disais : Sans vous, je n’aurais
jamais publié,
elle rétorquait que si, que c’était le
livre qui
l’emportait et non son soutien. 10)
Si l’on devait "classer"
(terme que je n’aime pas beaucoup employer) «La
Fiction
d’Emmedée»,
vous le rangeriez sous quel genre ? Roman,
biographie fictionnelle ou autre ...? Oui
roman,
ce qui s’écrit librement (structure et langue),
donc qui
traduit de l’imaginaire, invente un monde. Ce
pourrait être aussi une biographie fictionnelle. Avec
l’ambition d’être plus vraie
qu’une biographie
biographique.
11)Vous
semblez entretenir le
même rapport que MD entre réel et fiction...
Est-ce ce
qui vous a en partie rapproché, cette vision de la
littérature
comme lieu où l’on doit "se créer
soi-même"
(Vous la définiriez comme ça ?) ? Oui nous avions cela en
commun, il
se peut que je l’ai appris en lisant ses livres avant de la
connaître, encore que je n’ai jamais
était un "fan" comme
certains de mes amis… Et puis j’aurais pu le
découvrir
chez beaucoup d’auteurs, de Homère à
Proust et
Flaubert… J’aimais sa vision
radicale de la littérature, nous en parlions constamment,
même
en préparant un dîner. Se créer
soi-même?
S’inventer un monde, inventer un monde, inventer le
monde… c’est
la fonction effective de l’écrit. 12) Le
fait que MD ait écrit
des oeuvres telles qu’elle l’a fait, cela ne
vous-a-t-il pas
rassuré ? Je veux dire : elle vous assure
l’existence d’un
"pays de l’écriture" où vous ne vous
sentez
ni seul ni fou ! Cela vous permet peut-être d’aller
plus loin
dans votre expérience littéraire ...? Le
pays de l’écriture
oui, un eden peut-être, quoique pas spécialement
rassurant, esthétiquement enthousiasmant. Il y
avait chez elle une sorte de foi dans l’écriture. Sans
doute aller plus loin, oui, car l’expérience
littéraire
s’élabore sur une rupture. Donc avec elle
également.
13)
Peut-on parler entre MD et
vous d’"interaction" des oeuvres (notamment avec «Rauque
la ville»
et «L’homme
assis dans le couloir» ? RLV
lui a juste fait repenser à «L’homme
assis…»
dont elle avait écrit une 1ère
version des
années avant, et elle l’a écrit selon
elle. Je ne
suis en rien ni pour rien dans «L’homme
assis». Encore
que je ne peux pas le savoir de façon certaine. Dans
mes entretiens avec
MD sur France Culture, je lui dis combien je trouve étrange
que la femme aime que l’homme la batte. Elle dit que cela
relève
du subissement historique de la femme… 13
bis) Avez-vous mutuellement, MD et
vous, entretenu votre engagement érotique ? Je ne suis pas sûr
de
comprendre l’étendue de la question, ni le sens du
mot
engagement.
Notre
relation n’était absolument pas
érotique. Nous avions
un parler franc, aucun sujet donc n’était
écarté.
Nous n’avions pas je le crois les mêmes
formulations sur le
sujet. Peut-être une même pudeur quand
même. 14)
Vous dites avoir commencé
à écrire vers 19-20 ans... A quel âge
avez-vous
rencontré MD ? Au début que vous
écriviez ?
Non, j’avais
écrit au moins
deux romans, non publiés, je venais de terminer «Rauque la ville».15)
Seriez-vous d’accord avec
le terme d’"influence" pour qualifier le rapport
littéraire
entre MD et vous (d’autres diraient différemment) ? Ils
diraient quoi?... Influence,
non, je ne l’ai jamais vécu comme ça.
Je ressens
avoir eu beaucoup de chance de la rencontrer et de vivre cette
amitié
avec elle. Elle m’a forcément influencé. Cela
me
manque de ne plus parler avec elle, j’étais moins
"seul"
quand je la connaissais.
16) Si,
dans la famille
littéraire Duras, je vous attribue la place de "fils
adoptif", trouvez-vous que je vous ai donné la place qui
vous revient ? Je
me
sentais ami, vraiment ami, ami avec amour. Quelqu’un
m’a dit cela un jour qu’elle pouvait me
considérer comme
tel, fils littéraire ou disciple. Pour moi
c’était
impossible, je n’aurais pas pu écrire avec un tel
statut… 16
bis) Vous dites, dans «La
Fiction
d’Emmedée» p.14 :
"je pouvais
facilement imaginer d’opérer un transfert de ma
mère
sur elle, Emmedée. De la Mère". MD ne serait-elle
pas néanmoins votre Père littéraire,
une sorte
de "parent mental" ? La mère
littéraire ou mentale. Comme on parle de langue maternelle.
Dans mon histoire à moi ce ne pouvait
qu’être ma mère. Une
mère qui avait
aussi des côtés de mère ordinaire,
courante,
quoique d’une force cyclonale, un peu comme ma
mère, une
tempête. 17)
Avez-vous publié
d’autres livres après «La
Fiction
d’Emmedée»
(donc après la mort de MD) ? Non,
mais cela va
venir! Un roman «Les Voyageurs modèles»
va
sortir prochainement, en Avril ou en Octobre mais ce sera dans la
même collection (Manifeste) qui émigre du Rocher
aux
éditions Comp’Act, éditeur de
littérature de
création… 18)
Si non : vous dites vouloir
écrire avec vos propres mots : sa mort aurait dû
vous y
aider ? Un
roman est en rade pour l’instant
mais je suis convaincu qu’il trouvera bientôt une
fenêtre,
pour sortir. Je
dois achever la 2ème version
d’un autre roman. Et je viens de commencer un autre petit
livre de
fiction. J’ai
écrit une dramatique qui va être bientôt
diffusée
sur France Culture, et aussi beaucoup de petits textes…
J’ai
l’impression d’avoir tant à
écrire, au point
d’apercevoir du travail pour mille ans. Voyez que je tiens
à
le prouver que je n’ai pas arrêté!
19) Si non
: vous dites ne
faire qu’écrire et vivre. Est-ce que vous vivez
alors
maintenant ? Les deux sont-ils compatibles, incompatibles ? Cette
ligne biographique (sur la 4éme de couverture de «La Fiction
d'Emmedée») est assez
provocatrice mais elle est vraie. C’est
ce que je fais, écrire et vivre. Elle
s’oppose à MD qui pensait
qu’écrire empêchait
de vivre, qu’on ne pouvait pas vivre et écrire.
Qu’écrire
c’était mourir d’une certaine
façon. Je ne suis pas
d’accord avec ça. Ma
nouvelle formulation
est "le travail de vie" qui inclut l’écriture,
et qui m’occupe entièrement, étant
affirmé que
ce qui m’intéresse le plus c’est la
pensée. 20) Si oui : Est-ce que la mort de MD
est une sorte de libération ? Non. Ma
mère
est morte peu après MD, deux ans après, et sa
mort a
représenté souffrance et douleur, mais aussi
libération. Pas le cas de MD. Je
traverse souvent le cimetière du Montparnasse, je pense
à
elle, Emmedée-Marguerite, en passant devant la tombe de MD. 21)
Dans «La
Fiction d’Emmedée»,
vous dites p.198 que "pour écrire on ne pouvait que se
situer à la lisière du monde",
c’est-à-dire? C’est
que je pensais à l’époque,
qu’il fallait être
en retrait du monde pour pouvoir le décrire et le comprendre. J’aime
moins maintenant la référence monastique que cela
peut
avoir. Tout de
même, quand je me fais embarquer, rarement, dans des
activités
habituelles ou ordinaires du monde, je peux ressentir que
j’ai
quitté le pays de l’écriture.
Ou, avec mes mots:
c’est comme si je n’existais plus, que je ne
pouvais plus écrire. 22) Vous n’hésitez pas
à
revendiquer votre lien avec MD... Que retrouvez-vous dans votre
écriture que vous "deviez" à MD ? Je
n’hésite pas à revendiquer ma relation
à elle,
comme façon de dire ma liberté, celle que
j’avais à
la connaître sans être phagocyté, celle finalement
d’être heureux de l’avoir connue et
d’avoir été
appréciée par elle etc. Ce
que
je lui dois ? Sur un
détail : d’essayer
d’être économe
en "trois petits points" (…). Je crois que c’est
le seul
conseil d’écriture qu’elle
m’ait jamais
donné. D’avoir
créé mon écriture? mais
j’avais déjà
commencé. Une
grande validation, même si dans le milieu de
l’édition,
en ce moment, c’est plutôt un handicap pour moi. 23)
Avez-vous d’autres choses
à me dire ?... L’interrogatoire est
terminé, je peux
donc vous laisser la liberté de me faire part de vos
remarques!... Vous
serez sûrement intéressée de savoir que
nous
avons eu des conflits, MD et moi, sur mon travail. Ainsi
ce : Je ne
comprends pas pourquoi tu as écrit ce livre, à
propos
de «La Suive», dans une lettre renvoyée
par POL, avec le
manuscrit, par coursier, trop content l'éditeur d’avoir cet
appui. Il est vrai qu'elle demandait que je lui redonne une autre fois
pour comprendre
pourquoi je l'avais écrit. Ou bien,
plus avant, un an ou deux après RLV, je propose en
même
temps à elle et à l’éditeur,
Minuit, à
elle un peu plus tôt, une première version
de
«Pathétic sun, le film»
(c’était le
titre du livre, devenu ensuite «Pathétique
sun»). Elle me donne
rendez-vous au café Bonaparte, près de chez elle:
Combien de temps tu as passé pour écrire
ça?…
six mois?.. bon, tu as perdu six mois de ton temps, ce n’est pas
très
grave. La veille, elle avait envoyé un mot à
l’éditeur
pour dire de ne pas publier le livre, elle se sentait responsable de
moi, pouvant être mise en cause par mon travail. Je
faisais état d’un monde qui lui
échappait. A
l’éditeur aussi qui me disait n’avoir
aucune mémoire
de ce qu’il lisait (il est vrai qu'il m'avait plusieurs fois
confié qu'il ne voyait vraiment pas ce que je pourrais
écrire après RLV)... je faisais état d’un
monde qui partait
vers le multimédia, qui sortait de la simple culture
livresque
papier, je dessinais un monde qui s’engageait dans la
libération
mentale. Pour
«Rapt d’amour», elle faisait seulement des
réserves de détail,
je l’ai écrit dans «La
Fiction». En fait
de tout ça, je me suis libéré,
j’écris
librement, comme un grand quoi ! je me sens un
écrivain
libre, ce qui pour MD était une tautologie. Bien
sûr, à
mes risques et périls…
(J’espère
ne pas
avoir été trop maladroite!…) Non pas du tout, j’espère
moi ne pas vous avoir embrouillé avec trop de raisonnements. A
bientôt. jpc haut de page 04/04/01
10:45 Bonjour "la p'tite étudiante
lyonnaise",, Désolé d'avoir un peu
tardé à vous répondre, voici la suite
des questions réponses:
24) Fiction et Roman pour vous,
l'un est équivalent à l'autre?
Il
m'arrive à tort d'utiliser indifféremment l'un ou
l'autre, en raison du sens commun de roman, un genre et l'application
de ce genre. Il m'arrive alors de préférer la qualification de roman de fiction, celui
qui se libère du genre pour se construire selon son propre
projet.
25) MD devient
"Emmedée": cela fait d'elle un
personnage de fiction OK mais est-ce que ce changement suffit pour faire
de «La Fiction d'Emmedée» un Roman? J'ai beaucoup de mal
à le considérer comme tel... Il
s'agit d'un roman par défaut, puisque ni essai ni
biographie...
Le sujet du roman est la mise en scène de la "fiction"
d'Emmedée. Ce que j'appelle "sa fiction" c'est
autant le
décor que le ressort de sa vie, tout comme on pourrait dire
que
dans une existence ordinaire, c'est la convention qui constitue le
ressort et le décor...
26)
Vous dites "Elle
n'avait jamais été un personnage de roman",
qu'est-ce qui
fait d'elle un personnage dans «La Fiction» mis à part le
changement de nom? Qu'elle
y est intégrée en totalité, vie
d'écrivain
et vie de tous les jours étant indissociées, au
contraire
réunies, pour y dérouler sa fiction. Il
y a eu
beaucoup de livres écrits sur elle mais pas de roman mettant
en
scène son personnage, pas de roman dont le personnage
principal
c'était elle...
27) Qu'est-ce
alors qui est inventé dans «La Fiction»? Il
y a des éléments de
réalité qui se
décalent ou qui se synthétisent pour fonder le
romanesque. Et surtout des éléments d'imagination
qui
prennent figure de réalité. Il y a des
lieux, des
scènes, des dialogues qui n'ont jamais existé
avant le
livre et qui cependant rendent compte du personnage
d'Emmedée et
de sa fiction. Exemple: le narrateur invite Emmedée dans un lieu ou je
(jpc) ne suis jamais allé avec elle, MD. Bon,
d'accord, ce n'est pas un roman dont on dirait: ça se lit
comme un roman, encore que... J'ai
simplement essayé de raconter Emmedée sur un mode
romanesque, parce qu'elle me semblait "assez" romanesque dans la vie.
Parce que ce mode-là me donnait une liberté que
je
n'aurais pas eu d'une autre façon... Cela m'est
plutôt
égal qu'on l'appelle roman ou pas. Pour une fois
(mes livres
précédents ne portent pas en 1ère page
de
qualification type roman ou autre) j'avais demandé qu'on imprime: «La Fiction d'Emmedée», roman. Mais quelque part dans
la chaine de fabrication, le mot roman a disparu. Je
revendique depuis peu le mot roman, d'abord dans l'idée que
c'est un genre qui pose des questions sans être à l'origine du livre. Mais c'est surtout pour me
référer
aux premiers écrits d'ici, «La chanson de Roland»
et autres qui étaient écrits en langue romane et
non
en latin. De même que je n'écris pas
(plus) tout
à fait en français classique.
bien
cordialement, jpc
14/04/01 18:06
Bonjour Olivia T. Voici des réponses rapides....
28) Est-ce dire que le ressort et le décor pour MD c'est d'être "hors norme", toujours en opposition?
Hors norme, certainement. Non, c'est d'inventer son propre décor et ressort. Emmedée est libre de la convention, tout comme elle se dit libre de la pudeur etc. Donc elle se fabrique sa fiction, celle qui fonde son existence. Et là on est proche du romanesque.
29) Dans «La Fiction», le "je" est le narrateur, donc ce n'est pas vous?
C'est ce je qui n'est pas moi. Le narrateur est plus que l'auteur, il est dans la liberté d'être libre de l'auteur.
30) Le "je" serait plutôt une figure de l'auteur, comme on dit?
Ou
l'instrument, sa technologie. Dans l'essai, celui qui écrit :
voilà ce que je vais démontrer, est l'auteur. Dans le
roman de fiction, le narrateur, celui qui dit et décrit, est en
même temps auteur, acteur, personnage, metteur en scène... C'est une grande liberté pour l'auteur que le narrateur soit libre de lui.
Je constate qu'il y a beaucoup de "liberté et libre"dans ces réponses rapides.... Un peu de soleil à Paris aujourdhui... amicalement, jpc
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