(extrait, dernière page)
... Au-delà
du choix d’implantation de l’université dans la ville et
en l’occurrence sous cette forme concentrée, on perçoit
qu’ici tout a été installé à la manière
dont l’enseignement se fait en ce moment et depuis toujours si cela
peut se dire.
Il est
d’ailleurs étrange que la massification de la population
étudiante, dont le nombre est passé de quelques
dizaines de milliers à deux millions et demi en moins d’un
siècle (avec une étape à 200 000 en 1960), ne
semble pas avoir profondément changé les modes
d’enseignement. Pas plus que la novation radicale des modes de
communication ne parait pour l’instant modifier les modes de
transmission du savoir.
D’un
côté on ne peut pas du tout prévoir comment
l’enseignement universitaire se fera dans le déroulement de
ce siècle et même dans les années prochaines. De
l’autre, les possibilités de choix du possible semblent se
multiplier à mesure que s’accroissent les connaissances sur
notre monde dont on dit en conséquence qu’il n’a jamais
été aussi incertain.
Ce
pourquoi, bien qu’incrusté dans une structure ancienne ou
alors en raison de cela, cet espace d’enseignement pourrait être
celui d’un enseignement en devenir. Un lieu de fréquentation
pas forcément quotidienne pour des étudiants qui
recevront de plus en plus de l’enseignement en ligne, seront en
lien régulier par internet avec les enseignants, donc ne
seront plus dans la nécessité permanente de s’y
rendre.
Il
résulte d’ailleurs que si pour une moitié du temps
les étudiants suivent des cours en ligne et travaillent à
partir de postes connectés, cela reviendrait à disposer
de deux fois plus de surfaces...
Ce n’est
pas remettre en question la primauté du maître, à
penser, à enseigner, à transmettre, à éveiller
et à faire penser.
Bien au
contraire, c’est dire qu’il est dommage qu’un cours d’un
professeur ne soit suivi que par 150 ou 300 étudiants, dans
une sorte de concordance entre mode d’enseignement et taille des
locaux.
Il reste
que la halle aux farines, nouvelle version, est bien un lieu pour
gérer l’afflux et le flux des étudiants, L’afflux,
parce que leur nombre n’a pas de limite prévisible si on y
inclut l’enseignement à tout âge. Et le flux,
puisqu’ici 6000 étudiants devraient utiliser cette halle
dans sa fonction de machine à enseigner au service des pôles
universitaires environnants.
Ainsi se
justifie qu’on ait utilisé l’espace à son maximum
et, fort judicieusement, sans déborder de l’enveloppe
extérieure à peine striée de ses claires-voies
en lames de béton.
D’où
l’allure discrète et altière tout à la fois de
la halle nouvelle qu’on pourrait aussi se représenter comme
une tour. Pas seulement parce qu’on la regarderait de manière
« chaplinesque », la tête couchée
sur l’épaule, mais parce qu’elle concentre de l’espace.
C’est
une tour allongée de plus de 150 m qui depuis son entrée
côté rue Marguerite Duras s’attache à la
perpendiculaire de la Seine…
L’hyper-utilisation
de l’espace dans cette halle par les architectes nous conduit à
penser qu’il ne faudra plus forcément et seulement accroître
les surfaces bâties mais qu’il faudra surtout œuvrer pour
étendre notre espace mental.
JPC
(1) Ante Prima, AAM editions, 2007