LE PETIT ROMAN DE JUILLET
Du début mai au 21 juin 2009, 8 chapitres pour 8
semaines avant l'été, donc un chapitre par semaine, « Le petit
roman de juillet » a été diffusé en feuilleton, reprenant d'une
certaine façon ce mode de publication que pratiquait la presse il
y a plus d'un siècle.
Ensuite les 8 chapitres sont restés en ligne durant trois semaines.
En tout logique, «Le petit roman de juillet» devait être diffusé durant
son mois. Ou juste avant pour qu'il produise sa trace littéraire en
juillet...
Outre réanimer la pratique de cette diffusion en feuilleton, en
l'occurence annoncée sur les différents réseaux, je
voulais proposer à lire la toute dernière version de ce roman que
j'ai écrit sur une période de quinze ans, et je voulais
en proposer la lecture en avant-première et de façon
expérimentale. Ce pourquoi le feuilleton a été celui d'un roman sur le
net.
D'évidence je voulais faire connaitre sur le net - peut-être à un
nouveau public de lecteurs- ce roman d'une écriture en construction,
d'une langue qui s'élabore...
La question s'est posée tout de suite de savoir si c'était possible de
lire un roman sur écran.
Bien sûr une partie des lecteurs pouvaient faire le choix d'imprimer
pour le lire, d'autres ont apparemment été conduits par le système du
feuilleton à lire sur écran. Démontrant que c'était possible mais pas
non plus inévitable, les différents supports pouvant s'allier plutôt
que se confronter.
Ce qui m'a le plus étonné : que des lecteurs, certains en tout cas,
lisent d'une traite chapitre après chapitre...
Les premières phrases ...
Elle était installée en compagnie d’un homme que j’apercevais de dos.
En fait, c’est seulement vers la fin du repas que je l’avais remarquée,
sans doute qu’à un moment une table entre nous s’était libérée. Il est
vrai que j’étais venu dans ce restaurant des Halles pour diner
tranquille avec mon fils de sept ans que je n’avais pas vu depuis les
dernières petites vacances, et pas pour m’intéresser aux jolies filles
qui pouvaient s’y trouver. J’étais en effet si heureux de passer du
temps avec lui tellement il semblait joyeux de me raconter ses
histoires, sans me parler de sa mère, je le notais une fois de plus...
Soudain, avec cette brune aux yeux verts, on avait échangé des
regards en rafale, au point que c’était vite devenu des regards de
compétition, je m'en souviens. Comme si très vite on avait craint
l’influence de l’autre sur soi. Chacun son tour paraissant décidé à ne
pas faiblir, mais chacun son tour faiblissant sous le coup d’un regard
plus vif qui rendait le suivant encore plus difficile à intercepter de
façon neutre ou indifférente. Un détail, comme toujours il y en a, un
petit truc bizarre de hasard était intervenu. Alors que cette jolie
brune venait de régler l’addition, le serveur s’était au passage arrêté
pour desservir notre table, me laissant involontairement découvrir
l’intitulé du chèque. Ma mémoire dans ces cas-là, rares il faut le
dire, ne me lâchait jamais. Le lendemain, en fin d’après-midi, je
l’appelais presque naturellement au téléphone. Gonflé ! elle avait
lâché après un léger temps de surprise. Mais sympa, elle avait ajouté,
généralement les gens ne donnent pas suite... Feignant ainsi d'ignorer
qu’on n’avait pas vraiment procédé à un échange conventionnel de nos
coordonnées.