![]() Le Pont d'Algeciras roman est paru aux éditions L'ACT MEM (ex Comp'Act) sortie le 15 avril en libraire ISBN 978-2-35513-013-7 130 pages, 15 X 21 cm, 12 € 1ère présentation publique, La Maréchalerie Centre d'art contemporain ENSA Versailles 19/02/2008 1ère lecture en librairie, L'arbre à Lettres 14, rue Boulard Paris 14ème 26/03/2008 Les premières pages Dans la chambrée de lits superposés, parfois jusqu’à dix et plus, je suis installé tout en haut. J’avais beaucoup insisté pour qu’on me réserve cette place lorsque j’étais venu repérer. Pourtant la personne du service ne cessait de me répéter que de toute façon c’était la seule disponible, par les temps qui courent elle avait ajouté, sans que je sache si elle se moquait de moi… Avec le recul cela m’est bien égal, je ne regrette rien, je suis même content d’avoir insisté, on ne sait jamais quand on en fait assez. Ici je me sens à l’aise, presque peinard, en plus je m’entends bien avec mes voisins. Tous ceux que je croise je les salue en souriant, plusieurs fois par jour si c’est le cas, et ils me le rendent bien ce salut, avec le sourire également. Bon, la plupart je ne les vois jamais, je les entends lorsqu’ils partent ou reviennent se coucher, et s’ils sont très bruyants, parfois après une soirée de soûlerie, eh bien je fais comme si je ne les entendais pas. Le haut-parleur est fixé au mur juste au-dessus de mon lit. Tout de suite je l’avais repéré, car sa présence était assez stupéfiante, pas loin de constituer une franche anomalie. Mais c’est seulement plus tard que j’ai intégré son existence avec quelques inquiétudes. J’en avais évidemment parlé à la guide qui me pilotait avant d’aménager, elle avait juste répondu que c’était inévitable. Pas vraiment ce que je lui demandais, j’aurais voulu qu’elle m’assure que ce n’était pas dangereux, que ça n’allait pas poser de problèmes ... - 3 - Ensuite, quand j’étais revenu entre deux rendezvous déposer mes bagages, je ne m’en étais guère inquiété tant les voisins présents ce jour-là semblaient y être indifférents. Cependant, par acquit de conscience, j’avais fait le détour jusqu’au bureau du service où l’on m’avait expliqué qu’on ne pouvait rien faire car c’était le meilleur emplacement pour que tout le monde puisse capter le haut-parleur, que de surcroît on s’y habituait très bien. Une femme plus affable avait ajouté qu’elle devait même dire qu’après un certain temps on ne pouvait plus s’en passer. Je ne suis pas du genre à réagir à chaud et encore moins à me laisser envahir par la panique. L’un de mes grands-pères disait qu’on n’était pas venu sur Terre pour rigoler, l’autre qu’on n’était pas né pour se faire emmerder. Je crois que j’ai opéré une synthèse de ces deux points de vue qui me permet de sortir indemne d’à peu près toutes les situations. Dans le cas présent, j’avais posé que je trouverais bien une solution si c’était trop insupportable. En fait le haut-parleur s’est avéré dès le début représenter une gêne acceptable. Dans la journée on pouvait ne pas y prêter attention, tout comme on ne l’écoute pas forcément dans les couloirs des gares ou dans les allées des centres commerciaux si on est occupé par ses affaires. J’aurais cependant préféré que le volume sonore soit plus faible, mais j’ai vite observé que si je m’agitais trop par exemple, des mots ou des parties de phra- - 4 - ses m’échappaient. Donc à volume sensiblement inférieur, j’aurais risqué de ne pas capter tel ou tel détail indispensable à la compréhension d’une information. Le haut-parleur diffuse des nouvelles de façon constante, 7 jours sur 7, nuit et jour, 24 heures sur 24, sans arrêt. C’est très prenant, et même très valorisant, car on éprouve rapidement l’impression de savoir tout sur tout, ne serait-ce que parce que les nouvelles sont répétées comme au moulin. Le côté positif c’est que cela parle de tous sujets, aussi bien de ce qui concerne notre vie d’ici que de ce qui se passe là-bas au bout du monde. Ciela, ma seule voisine avec qui j’échange des sourires de loin, bat des bras quand elle entend des nouvelles qu’elle n’a encore jamais entendues. Je dis de loin, les sourires, parce que Ciela est une voisine de très bas. Elle est carrément installée au dernier niveau de l’entresol, je me demande pourquoi elle a choisi cet emplacement. Il y a des gens qui n’aiment pas les hauteurs, soit ils ont peur de paniquer soit ils souffrent de vertiges. Souvent les deux. Donc avec Ciela on s’aperçoit, elle en contre-plongée et moi en plongée radicale. Heureusement elle a un sourire qui a de la pêche, donc je la distingue nettement même quand l’éclairage est faible. Par contre, mon voisin de palier, si j’ose dire, à qui je parle très peu, vraiment trop bizarre et pas drôle du tout, m’a vivement rabroué dès les premiers jours... ... |
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